10 janvier 2016

La représentation de la femme d'action dans Buffy contre les vampires

Dans le cadre de l'un de mes cours le semestre dernier, j'ai eu l'occasion d'étudier les femmes d'actions dans les séries américaines. Avec trois amies, nous avons fait un exposé portant sur Buffy the Vampire Slayer. Comme le thème et l'angle semblent en intéresser beaucoup, je partage ici avec vous la version écrite (et remaniée, pas besoin d'être aussi scolaire) de cet exposé. 

Bien évidemment, il ne couvre qu'une partie de la question, car, même comme ça, nous n'avons pas eu le temps de tout dire à l'oral. Buffy est une série tellement riche que l'on pourrait parler de la représentation qu'elle offre de la femme d'action pendant trois jours. Alors je ne vous parle même pas du reste. Toujours est-il que voilà le résultat. 



Commençons par le commencement. Buffy contre les vampires est une série américaine créée par le scénariste/réalisateur Joss Whedon et diffusée entre le 10 mars 1997 et le 20 mai 2003 sur les chaînes Warner Bros et UPN (chaîne depuis remplacée au profit de l’actuelle CW). Elle compte au total sept saisons, soit 144 épisodes d’une quarantaine de minutes, qui ont eu un fort impact aussi bien sur l’histoire de la télévision américaine que sur la pop culture mondiale. 

La série bénéficie d'ailleurs toujours d’un énorme « cult following » et reste une source d’inspiration dans le milieu académique américain : les « Buffy studies », qui touchent aux gender, media et pop culture « studies », se sont développées au début des années 2000. Appartenant au domaine universitaire des « cultural studies », ces études montrent la multiplicité des sujets et thèmes évoqués par Whedon et les différentes lectures que la série a suscitées et suscite encore aujourd’hui.

L’idée de la petite blondinette tueuse de vampire prend en réalité forme en 1992 avec le film Buffy, tueuse de vampires ; Whedon, qui a scénarisé le long-métrage, l’a complètement désavoué par la suite en raison de différends avec le réalisateur. Toutefois, son projet originel va perdurer : en effet, il souhaitait déjà avec le film renverser le cliché de la « petite fille blonde qui se balade dans une sombre rue et finit tuée comme dans chaque film d’horreur » et ainsi donner le pouvoir à une femme d’apparence commune, 
« the idea of a seemingly insignificant female who in fact turns out to be extraordinary » - Buffy :Television With Bite
L’échec du film va permettre à Whedon d’étoffer son personnage, quelque peu égratigné par le film, et mener à bien son projet féministe. 
En effet, le créateur explique clairement vouloir faire de la série une œuvre libératrice pour les femmes : 
"The very first mission statement of the show was the joy of female power: having it, using it, sharing it."
De plus, Joss Whedon, figure importante de la « culture NERD » (on parle du « whedonverse »), reconnaît avoir voulu ériger Buffy au statut d’icône en s’adressant tout d’abord à la jeunesse :
« I wanted her to be a hero that existed in people's minds the way Wonder Woman or Spider-Man does, you know? I wanted her to be a doll or an action figure. I wanted Barbie with Kung Fu grip! I wanted her to enter the mass consciousness and the imaginations of growing kids because I think she's a cool character, and that was always the plan. I wanted Buffy to be a cultural phenomenon, period. ». 

La production va permettre au créateur d’atteindre ses objectifs en ciblant la tranche des 18-35 ans. La série sera un succès critique et commercial et comme je vous l’ai dit précédemment, un succès populaire. La métaphore du « lycée comme film d’horreur » plaît immédiatement, tout comme la diversité des thèmes et de leur traitement. 
Si Buffy contre les vampires précède ce qu’on désigne comme « l’Age d’or de la télévision », beaucoup de critiques et de professionnels s’accordent à dire que la série fût influente au point d’inspirer la création de nombreuses héroïnes de séries fantastiques (Bryan Fuller pour Dead Like Me, Russel T Davies pour Doctor Who) et de re-populariser les grands arcs narratifs dans les séries. 
« TV was not art before Buffy, but it was afterwards » - Robert Moore dans PopMatters

Un peu de contexte  

La série a donc vu le jour dans les années 1990, soit en plein dans la période de la troisième vague de féminisme. Buffy peut être considérée comme l’héritière du post-féminisme et du postmodernisme, deux mouvements qui ont changés notre façon de représenter le genre et l’identité.
Angela McRobbie explique, dans son ouvrage Postmodernism and popular culture que le post-modernisme peut avoir différentes définitions. Ici, nous retiendrons celle où l'auteur qualifie ce mouvement comme étant un « concept pour comprendre les changements sociétaux ». Ainsi, aux Etats-Unis, avec l’émergence et les luttes menées par les différents mouvements d’émancipations, appartenir à un sexe, une race ou à une orientation sexuelle ne garantie plus d’être dominant. A partir de ce constat, notre façon d’envisager et de représenter le genre et l’identité va également changer. Par exemple, on ne va plus seulement représenter la femme comme une mère, une femme au foyer etc. mais on va pouvoir voir des femmes qui travaillent, des mères célibataires, des lesbiennes etc. Ce mouvement a permis d’ouvrir le débat sur la représentation, le pouvoir, la diversité et la différence.
Le post féminisme, nous allons ici l'envisager comme la déconstruction du féminisme. Ce mouvement interroge le féminisme traditionnel, qui ne parlait pas “des” femmes mais de “la” femme comme une entité unique. C’est un mouvement qui va également se poser la question des identités de genre et des identités sexuelles. On retrouve donc ici la notion d’intersectionalité : le fait que l’on s’intéresse au genre, à l’orientation, à la classe sociale des femmes. L’individu se retrouve dans la société à l’intersection de ces phénomènes identitaires. Il se retrouve dans une position de pouvoir particulier à l’intérieur de sa société. 

Ce mouvement post féministe va également faire tomber les barrières érigées entre féminisme et féminité par les féministes de la seconde vague. Nous sommes arrivés à une époque où il devient impossible de conceptualiser les jeunes filles entre ces deux pôles distincts.On retrouve d'ailleurs cette critique du féminisme traditionnel dans Buffy : en effet les « good girls » de Buffy (je ne parle donc pas de Buffy ou de Willow, qui sont loin d'être des "good girl pures", et sont beaucoup plus nuancées que cela) montrent que trop adhérer à l’idéal féminin prôné par le féminisme traditionnel est autodestructeur pour les jeunes filles issues du mouvement post-féministe. Etre « too good », c’est signer sa perte : les good girls pures meurent toutes (Kendra, Tara, April…).

Buffy est également souvent considérée comme une héroïne du Girl Power. Ce mouvement, qui  émane de l’ère post-féministe, est une construction médiatique (souvent associé au groupe de pop anglaise les Spice Girls, qui en ont fait leur hymne ou à Madonna, Britney Spears etc.) qui s’est étendu jusqu’au monde de la mode (piercing, blue jeans, string, mini-jupe, bref, des vêtements qui dévoilent plus le corps). 

A la fin des années 1990 l’archétype du girl power, cette jeune fille puissante, violente et souvent posée comme objet sexuel, est devenu l’un des piliers de la télévision et du cinéma. Ce mouvement est souvent vu comme étant plus positif pour les jeunes filles. Imelda Whelehan explique qu'en fait, le « girl power » joue avec l’illusion de la culture contemporaine qui perpétue l’idée que TOUTES les femmes peuvent facilement accéder à différentes carrières et à des moyens d’expression personnelle. Le « girl power » ravive l'idée selon laquelle les jeunes femmes « contrôlent » leurs vies et offre ainsi un message plus positif et plus libérateur que le féminisme contemporain.

La série est construite autour d’une multitude de binaires : masculin/féminin, humain/monstre, active/passive, faible/forte, bon/mauvais, adolescent/adulte, pouvoir/impuissance, hétérosexualité/homosexualité. 

Toutes ces binaires vont être renégociées,la série va tenter de brouiller les barrières entre les deux. La seule chose qui n’est pas négociée dans Buffy est la question des ethnies et des races. En effet, c’est surtout une classe moyenne, blanche et hétéro qui domine le show.

La question d’identité est donc au cœur des mouvements qu’on a vu et de la série. En effet, dans Buffy, l’identité est toujours instable, elle est toujours construite, déconstruite et négociée: les personnages passent du bon au mauvais, du mauvais au bon, de l’hétérosexualité à l’homosexualité, de gagnant à perdant, mais surtout d’adolescent à adulte. Ces identités se forment et se déforment en fonction de leurs relations avec les autres, un autre qui est souvent du sexe opposé. A partir de ce constat, la réflexion qui suit sera axée autour de la question suivante : 

Comment les constructions identitaires dans Buffy vont influencer la représentation de la femme d’action dans la série ?

 

"I'm Buffy. I'm new."

Contrairement à beaucoup d’autres séries, Buffy est dotée de beaucoup de personnages secondaires, qui ont tous leurs propres arcs narratifs, qui vont se développer de saisons en saisons.

Certains pensent que l’omniprésence de ses amis empêche de considérer Buffy comme une héroïne indépendante (ses amis la sauvent, l’aident, etc.). Ils servent en fait à la mettre en valeur en tant que femme d’action : même s’ils l’aident, c’est elle qui se bat, à main nues. Quand ses amis s’y essayent, ils ne se révèlent souvent pas très doués.
Ils rendent Buffy unique même parmi les Slayers : en effet elle est la seule à être ainsi entourée, ce qui est vu comme quelque chose de négatif par Kendra ou le Conseil des Observateurs, car cela veut dire qu’elle ne peut assumer sa tâche toute seule. Cependant c’est son attachement envers ses amis qui fait que Buffy vit plus longtemps que beaucoup d’autres Slayers : elle doit s’occuper des autres, et cela la maintient en vie (et, bonus, ils la ramènent à la vie quand elle meurt ; c'est pas beau l'amitié ?)
Ce groupe d’amis qui composent la série est appelé « Scooby Gang » (par les personnages eux-mêmes). Il comprend 4 membres « de base et est complété par d’autres personnages au gré des saisons (la plupart du temps ce sont des petits/petites ami(e)s des membres de base).
Giles est la figure paternelle par excellence. Il est d'ailleurs le seul référent adulte masculin et responsable pour la plupart des protagonistes. Le père de Buffy est aux abonnés absents, et les seules autres figures paternelles sont soit des démons qui veulent détruire le monde, soit le père de Xander, alcoolique et violent...Il est surtout celui qui doit guider Buffy dans son travail de Slayer. Il fait parti du conseil des Observateurs, vu par la plupart des spectatrices comme une institution patriarcale abusive. Le fait que la Slayer ne puisse se débrouiller seule dérange pas mal. En effet, on n’assigne pas un tel guide aux chasseurs de vampires masculins. On peut nuancer cette critique car il n’a pas l’ascendant sur elle : elle vient le trouver quand elle a besoin de lui. On peut quand même noter qu’il part de son plein gré quand il se rend compte qu’il empêche Buffy de grandir et de progresser, car elle en est venue à trop compter sur lui.
Xander est la figure du « loser », maladroit et malheureux en amour. C’est le « normal guy » du groupe, il ne possède aucune aptitude particulière mais il est loyal. Il évoluera en homme responsable et indépendant.
Le dernier membre du Scooby Gang, et un personnage féminin de taille dans la série, Willow. Dans les premières saisons, c’est l’archétype de l’intello qui aime les cours qui s’habille un peu bizarrement, est timide etc. Sa particularité est alors qu’elle est très douée en informatique/technologie (quelque chose que l'on peut souligner, car ce sont des univers plus souvent associé aux hommes). 
Vers la fin de la série, elle va elle-même devenir une femme d’action, et sera même plus puissante que Buffy. En effet, elle se découvre des aptitudes à la magie (parallèlement, elle devient homosexuelle ; double mise à l'écart de la société, bravo ; mais on reviendra là dessus plus tard). Elle est celle qui va ramener Buffy d’entre les morts et qui va réveiller les potentielles Slayers à la fin de la saison 7, distribuant ainsi le pouvoir à une multitude de jeunes filles. Ce statut de femme d’action peut cependant être discuté : oui, elle agit, elle est puissante, ses actions permettent de gagner, mais elle n’utilise pas son corps comme une arme, pas comme Buffy le fait. Son corps est plutôt le lien qui l’unit avec la magie. Semi femme d’action donc ?
Last but not least, Buffy apparaît tout d'abord comme une jeune fille normale, qui veut s’amuser, ce qui va permettre une identification plus facile pour le public, mais très vite, son destin et ses désirs vont s’écarter de la norme de genre, et ce de plus en plus au fil des saisons. 

Elle va progressivement perdre son innocence, sa joie de vivre et son style va changer : des couleurs girly, on passe au cuir à connotation sado-maso. Le choix de son prénom est important, car il est très féminin, et elle va en cela se distinguer des final girls dans les slashers, qui tendent à être plus androgynes et qui ont des prénoms qui vont avec cette idée (Laurie, Sydney). Le fait que son prénom soit dans le titre de la série souligne d'ailleurs l’ironie des créateurs pour les stéréotypes de genres dans les films de vampires. (On peut cependant nuancer l'idée de l'ultra féminité du prénom Buffy quand la version française du film de 1992 a francisé le prénom en Bichette...)

Buffy est une Tueuse et les Tueuses sont forcément des femmes. Si la série discute souvent de ce point, elle n'offre pas de véritable explication. On trouve cette dernière dans le film Buffy. Dans ce dernier, elle (Bichette...) possède un détecteur de vampire qui se manifeste par des crampes que beaucoup de femmes ont pendant leurs menstruations. La tueuse ne peut donc être qu’une femme, c’est biologique, sa capacité à mener à bien sa mission dépend de sa faculté à avoir ses règles...Ouaip. Cela a été enlevé de la série cependant.

 Une représentation révolutionnaire de la femme d’action à nuancer


La série propose une « nouvelle » représentation de la femme qui contraste avec les représentations habituelles : dans Philoséries Buffy, Pascale Molinier explique par exemple que

« Les filles et les femmes sont fétichisées comme objets du désir, saintes ou salopes, mais rarement représentées comme actives, ingénieuses, et surtout agressives ou actives sexuellement, ou alors pour un temps très bref, qui précède leur retour dans le rang (du mariage et de la procréation) ou leur punition sous forme de destin funeste ».

Or Buffy est active, ingénieuse (même si ce n’est pas une « intello »), parfois agressive et sexuellement active (surtout dans la saison 6 avec Spike).

De plus, on peut noter que Buffy fait passer son travail de Tueuse avant sa vie privée. Cela pourrait venir illustrer la difficulté des femmes modernes à conjuguer vie privée et vie professionnelle, mais également le choix de certaines femmes qui choisissent de privilégier leur carrière à une vie de famille « traditionnelle », c’est-à-dire être épouse et mère. On voit en cela que Buffy est le produit des idées et des considérations de son époque, un personnage ancré dans la réalité sociale dans laquelle elle est produite et diffusée.

La série propose également une « nouvelle » représentation de la femme d’action à la télévision : elle développe, approfondie les représentations jusque là proposées et dans lesquelles elle puise son inspiration :

« Les héroïnes fantastiques de Chapeau melon et Bottes de cuir sont à compter parmi les inspiratrices adultes du personnage de Buffy à la fois sophistiquée, la langue bien pendue, sachant se battre et n’ayant peur de rien. ».

Contrairement à Wonder Woman, The Bionic Woman ou Xena, elle n’a pas d’équivalent masculin, et c’est elle, qui, au contraire qui va inspirer un spin-off : Angel (Catharsis of Sufferance / 1999-2004)

Ce qui fait d’elle une femme d’action :

Sa force physique : son corps est construit comme un corps plus « masculin » et « viril » que « féminin » malgré son apparence fluette, car elle utilise ce corps pour se battre. On constate qu’elle n’utilise jamais d’armes qui permettent de tuer à distance ses adversaires, comme les armes à feu par exemple (seule exception : l’arbalète). Le pieu et la hache sont ses armes de prédilections et on peut souligner que ce sont des armes de forme phallique qui représentent l’attribut masculin, la dominance, l’actif. Elle a donc le « pouvoir » entre les mains et se détache en cela des femmes d’actions précédemment représentées à la télévision américaine (mise à part Xena, diffusée peu avant Buffy).

Elle diffère du chasseur de vampires traditionnel qui est un homme d’âge moyen à l’allure assez sombre et qui ne s’engage pas en combat singulier à cause de la puissance mortelle des vampires, alors que Buffy, jeune et mince jeune fille, ne fait que ça !

Elle dirige l’action et résout le problème initial en ayant le dessus sur ses adversaires ce qui est important pour une héroïne d’action : elle tue les « monstres de la semaine » présents dans chaque épisode, et les ‘Big Bad’ à la fin de chaque saison.

Elle est courageuse, brave, elle n’a pas peur et n’hésite pas à se sacrifier pour sauver ses amis et le monde : elle a sauvé le monde de l’apocalypse un bon nombre de fois (5 fois, ça compte quand même non ?)


Elle contraste en cela avec les autres personnages féminins de la série, notamment Cordelia (dans les 3 premières saisons) qui correspond au stéréotype de la fille écervelée qui doit sans cesse être sauvée. On peut également parler du Buffybot qui est la version robot de Buffy, version superficielle qui représente ce qu’elle serait si elle n’était pas la Tueuse, et qui renvoie à l’idée de cyborg, cet être transhumain (qui est ici très clairement critiquée par Whedon).

Cependant, si Buffy constitue un pas en avant non négligeable dans la représentation de la femme d’action à la télévision, il est nécessaire de nuancer notre propos car certaines choses sont faites notamment pour compenser une certaine masculinisation liée à sa force incroyable et son rôle de sauveuse :

Buffy n’est pas une héroïne solitaire, ni très indépendante notamment en matière d’hommes : son identité se reconstruit à chaque fois qu’elle change de partenaire dans la série, et par conséquent son identité de femme est d’une certaine manière dépendante de sa relation avec des hommes. Il y aura d’abord Angel (saisons 1 à 3) qui lui aura fait verser beaucoup de larmes, ce qui renvoie par conséquent à la sensibilité propre aux femmes et qui contraste avec son rôle de Tueuse. Ce point serait également une façon de mettre l’accent sur le côté « série pour ados » de Buffy puisqu’elle est en proie à des souffrances liées à ses problèmes de coeur comme c’est souvent le cas dans ces séries.

On peut également citer sa relation avec Riley (saisons 4 et 5) et enfin Spike (saisons 6 et 7) avec qui elle entretient une relation bien plus adulte bien que « hors-normes ». Son identité évolue au fil de la série et de ses relations avec eux. De plus, elle est souvent aidée, voire sauvée par le Scooby Gang et ces trois hommes.

Sa féminité est parfois exagérée : elle est toujours apprêtée, bien maquillée, coiffée, habillée, même quand elle combat. Tuer des vampires en robe et en talons n’a jamais semblé aussi facile !




Son hétérosexualité est mise en avant, certainement pour ne pas créer d’ambiguïté au niveau de son orientation sexuelle, afin de rassurer le spectateur masculin, lui dire « on te présente une femme bien plus forte que toi, mais qui reste sensible à ton charme, ne t’inquiète pas ».

Buffy est donc un personnage complexe qui mélange les genres : elle est féminine, parfois à outrance, pour contre-balancer son côté masculin qui se dégage de son travail de Tueuse.

On peut aussi mettre en avant le fait que sa force est surnaturelle. Son pouvoir est potentiel, latent, elle devient aussi puissante parce qu’elle est l’Elue, choisie par une force surnaturelle, c’est-à-dire qu’elle est ce qu’elle est uniquement à travers un attribut fantastique, un attribut qui n’existe pas dans la réalité : au final, la femme forte, d’action ne resterait qu’un fantasme, qu’un modèle sorti tout droit de l’imagination de ses créateurs et rien d’autre. De plus, Buffy a du mal à accepter son rôle de Tueuse (dans la saison 1 surtout), du mal à trouver sa place dans la société, ce qui laisserait sous-entendre qu’une femme forte et puissante comme elle n’a pas sa place dans la société.

“Faith. Her name alone invokes awe. “Faith”. A set of principles or beliefs upon which you’re willing to devote your life. The Dark Slayer. A lethal combination of beauty, power, and death.” – Andrew Wells

Faith est souvent désignée comme le « monstre humain » et c’est le personnage le plus discuté dans les Buffy studies. Son humanité la démarque des autres « bad girls » de la série, qui sont surtout des vampires ou des femmes démons (Drusilla, Harmony, Gloria, etc.), et, contrairement à ces femmes démons, elle trouvera la rédemption. De plus, elle est faite pour être une héroïne, de par son statut de tueuse.
Faith sert à mettre encore plus Buffy en valeur. Elle est son « ombre maléfique » car contrairement à Buffy, elle est « morally bad ». Elle fait également prendre conscience des privilèges de Buffy en tant que white girl de la classe moyenne : elle a des choix, ce que Faith n’a pas eu (enfance difficile et chaotique, elle est seule, abandonnée par ses Watchers etc.). Elle est presque le seul personnage à venir de la « lower class », et cela explique ses difficultés à s’intégrer dans le Scooby gang, qui vient de la classe moyenne (sauf Xander).
L’identité de Faith combine féminité et féminisme. Ainsi ce qui la définit en tant que « bad girl », c’est avant tout sa sexualité débridée et violente. Sa féminité est sexualisée, ce qui se voit dans sa coiffure, son maquillage et ses habits en cuirs etc., au point qu’à côté d’elle, Buffy semble conservatrice.
Elle fait le lien entre tuer et le sexe. Elle est « bad » parce qu’elle aime ses deux choses. Elle voit son rôle de tueuse comme une supériorité alors que Buffy le voit comme une responsabilité. Son désir de contrôler sa destinée est ce qui la rend menaçante, de même que son rejet de l’autorité. Chez Buffy, cela est perçu comme un bon comportement post féministe, alors que chez Faith, cela va la rendre « incontrôlable » aux yeux des autres, ce qui montre une image de la femme ressentant des désirs « détraqués », une femme instable psychologiquement. Elle porte peu d'attention à avoir des comportements appropriés dû au manque d'éducation qu'elle a eu, elle en serait plus  « animale », plus « intuitive » que Buffy.  C'est un personnage porté par ses pulsions, et elle agit en conséquence. 
 Faith est un personnage masculinisé, elle rejette l’autorité, ce qui lui donne une figure de rebelle, elle rejette ses émotions au profit de l’action, elle est compétitive, en particulier face au personnage de Buffy. Le fait qu'elles soient toutes les deux des tueuses créé une sorte de concurrence entre les deux personnages, qui d'un côté les mènera à vouloir s'entretuer, mais cela participera également à créer une ambiguïté sexuelle entre les deux personnages.
 La forte sexualité de Faith va s'imposer face à celle de Buffy, et l'ambiguïté naît de la difficulté qu'a Buffy à résister à Faith. Mais cette ambiguïté reste implicite car l'attirance des deux personnages n'est que suggérée. La production a d’ailleurs interdit une scène de baiser entre les deux personnages. De nombreuses fanfictions existent sur ces deux personnages.
Le reste de sa sexualité est libre, elle ne veut pas de relation durable, malgré l'obtention d’une vie romantique dans la saison 7 qui marquera d’ailleurs sa rédemption (la femme qui rentre dans le droit chemin en remplissant son devoir…). Autant de caractéristiques qu’on retrouve chez le héros d’action, qui n'a aucune difficulté à être reporté sur un personnage féminin. Et c'est en ça que le personnage de Faith incarne mieux la femme d'action que celui de Buffy.

Le personnage de Faith ne cesse de pousser Buffy à bout, elle la provoque, pour lui faire voir une réalité qu'elle refoule, des désirs ou des plaisirs qui ne sont pas moraux, elle a une vision sombre et cynique de la réalité alors que Buffy tente toujours de voir le bon côté des choses. Elle représente l’alter-ego de Buffy, agit aux antipodes du comportement de Buffy.
Faith ne cesse de pousser Buffy à répondre à ses désirs, parce qu'en les ignorant, Buffy n'agit pas, et c'est là le contraire de la femme d'action. Et c'est sûrement pour ça que Buffy admire Faith dans un sens, parce qu'elle représente la vraie femme d'action, qui ne s'empêche pas de vivre et d'acquérir de l'expérience, elle agit sans cesse, ne reste pas en place, et est beaucoup plus libre que Buffy, qui semble enchaînée à son devoir de tueuse.

Féminisme et représentations queer dans une série métaphorique


Willow est le personnage qui rentre le moins dans les catégories traditionnelles. Elle est à la fois plus ambivalente et plus puissante que Buffy. Elle ne représente pas la féminité traditionnelle ni l’hétérosexualité qui domine pourtant la série : elle brouille les barrières et existe en dehors des structures patriarcales.

Le couple qu’elle forme avec Tara est le premier couple lesbien représenté de manière assumée à la télévision américaine : il y a eu Xena/Gabrielle plus ou moins au même moment vu que les deux séries sont diffusées à la même époque (1995-2001 pour Xena ; 1996-2003 pour Buffy). C’est donc un pas en avant non négligeable dans la représentation des homosexuels à la télévision, car ils étaient jusque là le plus souvent cantonnés à des seconds rôles de comiques grotesques et caricaturaux, notamment pour les hommes. 

Cependant au départ leur relation est assez peu développée et relayée au second plan, ce qui est certainement dû au fait que les producteurs étaient assez réservés vis-à-vis de l’apparition d’un personnage homosexuel à la tv et voulaient « tâter le terrain » avec les spectateurs, voir si cela fonctionnait ou posait problème. Par la suite leur relation prend de l’ampleur et devient aussi  banale et normale que les autres relations de la série.

« L’expérience de la différence s’y incarne dans des corps monstrueusement désirants et désirables. Des affects jusqu’alors décalés, subversifs, par exemple une sexualité lesbienne, des fantasmes de destructivité féminins ou leur expression active dans une sexualité mordante, se trouvent offerts à tous, en l’occurence surtout à toutes, participant ainsi par le moyen puissant de la diffusion télé et Internet, à la critique féministe des formes étroites et figées de la féminité conventionnelle (gentille, au service des autres, etc.).» (Philoséries Buffy p. 174)

Cette citation explique plutôt bien le fait que la série propose des représentations jusqu’alors peu ou pas développées à la télévision et qui permet, parce que c’est un média de masse, de les diffuser au plus grand nombre et par conséquent de participer à leur normalisation.


La métaphore de la magie pour parler de l’homosexualité puis de l’addiction

 « La lecture critique la plus répandue de la relation Willow/Tara est celle dans laquelle la magie et la sexualité lesbienne sont confondues. ‘Lesbienne’ peut facilement remplacer‘sorcière’, puisque les deux sont des identités sociales, et les expériences sexuelles de Willow sont étroitement liées, parfois même synonymes de ses expériences magiques. » (Jes Battis, « ‘She’s Not All Grown Yet’: Willow As Hybrid/Heroin Buffy the Vampire Slayer », in Slayage) 

On peut voir un exemple de cette idée dans l’épisode 6 de la saison 5 dans lequel Tara doit affronter sa famille qui tente de prévenir ses amis qu’elle est un « démon » dont seuls eux peuvent s’occuper. Cela permet d’aborder de manière détournée le moment du coming out et l’acceptation de l’homosexualité des adolescents dans leur famille et leur entourage.

On peut également mettre en avant l’humour queer des scénaristes qui assimile par exemple, bars de démons et bars gays (S7E12) ou qui transforment Willow en garçon sous l’effet d’un premier baiser avec une autre fille (S7E13).

Enfin, on retrouve dans la série l’idée de Joan Rivière et la « féminité mascarade » (Rivière explique que beaucoup de femmes se comportent en tant que femme pour plaire, la féminité est un costume que l'on peut enlever) :
 « Buffy ne croit pas à la profondeur des identités de genre, la féminité peut être mise ou retirée comme un costume, c’est la robe ou la situation de flirt qui fait la fille »
« [elle] peut aimer son corps de fille, et faire la fille, en ayant des fantasmes machos, tout en se moquant de ses fantasmes de fille et de ses fantasmes machos. »

La métaphore des démons comme symptômes de la société et angoisses des adolescents face à l’entrée dans l’âge adulte : l'écrivain Martin Winckler, auteur de nombreuses analyses sur les séries télévisées, présente la série comme " l'épopée d'un groupe d'adolescents face aux démons de la vie".
Dans une interview, Joss Whedon a déclaré : "Le lycée était un film d'horreur d'humiliation, d'isolation, et de pouvoir, et de cruauté. C'est assez pour sept ans de divertissement."
L'idée de base pour la série est donc le lycée comme film d'horreur. Une première métaphore, un genre cinématographique dans un contexte réaliste dans lequel on peut se reconnaître pour en faire une série télévisée. Le lycée représente en quelque sorte la première étape de la construction identitaire. C'est une période pendant laquelle on se remet beaucoup en question à cause de ses "démons intérieurs", et comment mieux les représenter que par des figures de films d'horreur, vampires et démons. De ce fait, Whedon a donc situé le lycée de Sunnydale sur la bouche de l'enfer.
On assiste alors à différents niveaux de monstres pour représenter les différents niveaux des problèmes auxquels les adolescents peuvent faire face. Il y a les "monstres de la semaine" qui servent de métaphore aux anxiétés quotidiennes des adolescents.

Et il y a les "monstres de la saison", appelé le "Big Bad", une figure plus difficile à combattre que les vampires quotidiens, comme par exemple le maire Wilkins, avec qui le principal Snyder, qui est censé être une figure d'autorité du lycée, est de mèche en acceptant qu'il se déroule des activités surnaturels au sein du lycée, sans pourtant avoir un regard sur ce qu'il se passe, pour finir tué par lui. Le "Big Bad" au cours de la série est de plus en plus méchant, de plus en plus difficile à combattre, parce que plus l'on grandit, plus les problèmes deviennent sérieux (je sais c’est nul).

L'entrée à l'université marque d'importants changements où il ne faut pas perdre de vue l'essentiel : les liens entre les quatre personnages principaux, mis à mal par Spike pendant la saison 4. Willow connait la tromperie de Oz et fait son coming-out après sa rencontre avec Tara. L'arrivée de l'Initiative est une métaphore pour mettre opposition la science et la magie, la science tente de contrôler la magie, en vain.

On retrouve après la période de remise en question et de libertés universitaires, un retour aux valeurs familiales et à la quête de sa nature de tueuse, qui revient au sentiment d'appartenance en général.

La 6ème saison marque une transition, elle est plus sombre et plus adulte, Buffy a été arrachée de son paradis, qui serait une métaphore pour l’innocence et la naïveté de l’adolescence face à la réalité et la dureté du monde adulte : Buffy va devoir s’occuper de sa sœur, faire face aux problèmes financiers, se définir et avoir un projet de vie. C’est une saison dans laquelle le Scooby gang ne fait pas face à un démon mais où les personnages font face à eux-mêmes, leurs doutes angoisses et craintes. La psychologie de chaque personnage est poussée à son paroxysme afin de marquer la recherche d'un équilibre identitaire.
Le retour au lycée en tant qu'aide plutôt qu'élève qui en subit les tourments montre l'apogée de Buffy dans sa quête identitaire. Ayant combattu ses démons depuis l'époque du lycée, elle peut maintenant aider les générations suivantes à combattre les leurs, comme elle a fait avec son public. C'est le dernier poste qu'elle occupera, un poste dans lequel elle se sent à sa place, elle a donc achevé sa construction identitaire, ce qui marque la fin de la série.

La métaphore de la morsure du vampire pour représenter l’acte sexuel (cf épisode 322 Buffy/Angel) et son contraire : l’impuissance (cf. épisode 407 Spike/Willow)

« A quoi servent les vampires et autres phénomènes venus d’en dessous ? A prendre la sexualité au sérieux en estompant les frontières entre sexualité normale et sexualité perverse, sexualité hétéro et homosexuelle, en créant un espace de mise en scène de la pulsion sexuelle et de ses aberrations comme disait Freud. » (p.159, Philoséries Buffy Tueuse de vampires)

            Féminisme ?

“So here's the part where you make a choice. What if you could have that power, now? In every generation, one Slayer is born, because a bunch of men who died thousands of years ago made up that rule. They were powerful men. [points to Willow] This woman... is more powerful than all of them combined. So I say we change the rule. I say my power... should be our power. Tomorrow, Willow will use the essence of the Scythe to change our destiny. From now on, every girl in the world who might be a Slayer, will be a Slayer. Every girl who could have the power, will have the power, can stand up, will stand up. Slayers... every one of us. Make your choice. Are you ready to be strong?”
Comme je vous l’ai dit précédemment, les entreprises d’émancipation féminine et de corruption de genre et de « gender », sont au cœur de la démarche de Joss Whedon, qui s’identifie lui-même comme féministe. Mais Buffy était-elle pour autant une série féministe ?
“So, why do you write these strong female characters? - Because you're still asking me that question.” – Joss Whedon [Equality Now speech, May 15, 2006]'

C’est indéniable, il y a chez Whedon pléthore de personnages féminins, complexes et avec des personnalités variées. La plupart des femmes de Buffy ne peuvent être réduites à un seul adjectif ou à des archétypes/tropes (à part peut-être Harmony). Mais elles répondent toujours à des injonctions misogynes et patriarcales, que ce soit pour les héroïnes ou pour les antagonistes. 



Revenons à la citation : l’émancipation féminine passe nécessairement par la force physique ; force qui ne semble alors pas naturelle chez une femme « féminine » ; on ne parle pas d’écrire des hommes forts n’est-ce pas ? La force est naturellement culturellement associée à la masculinité.
Buffy est dotée d’une force surnaturelle qui va lui permettre de s’émanciper d’un univers patriarcal et par la même occasion de libérer ses semblables, les tueuses potentielles, à la fin de la série.  Elle affronte une myriade de personnages masculins plus misogynes et sexistes les uns que les autres (exemple du prêtre Caleb qui veut exterminer les tueuses, Buffy finira par le castrer hihi bien fait) et triomphe toujours. On peut y voir le message positif de la série : la solidarité des femmes fortes vaincra l’oppression masculine.

Toutefois, le féminisme de Whedon a ses limites : Buffy correspond toujours à un idéal masculin. Il en est de même pour tous les personnages féminins, conformes à des standards de beauté occidentaux : minceur, épilation, traits du visage etc. Elles sont toujours très belles à regarder.

De plus, ce féminisme est accessible aux femmes blanches, valides et pour la plupart, issues de la classe moyenne. Les Tueuses racisées sont sous-développées, exotisées et très vite tuées : Kendra, la première tueuse, la mère du principal Robin Wood…Pas vraiment inclusif tout ça.

Le féminisme de Buffy est à l’image de la 3e vague féministe ; entre ambiguïtés et contradictions, il montre à quel point les identités féminines sont changeantes et multiples. Un message féministe traverse la série mais peut-on la considérer comme une œuvre féministe, émancipatoire, si elle perpétue des injonctions quant à la conduite de la femme forte ? Le débat est toujours ouvert et déchaîne les passions. C’est peut-être là, la plus grande force de Buffy : elle soulève de nombreuses questions sur le féminisme, le « gender » et la féminité.



En conclusion, on peut dire que pour Buffy, être  la tueuse a été à la fois les maux et remèdes à sa condition : elle en a beaucoup souffert mais en ressort grandie. Ce personnage montre bien le paradoxe de la femme d’action : elle est « terriblement » féminine mais aussi apte à utiliser cette force qui vient du fait d’être une femme. Cependant, elle ne rentre pas dans le moule, on ne peut la simplifier, la réduire à sa force, à sa fonction. Les différentes constructions identitaires explorées tout au long de la série font de Buffy une femme qui va en représenter plein d’autres. Il n’y a pas UNE femme d’action mais une multitude de femmes qui se battent avec ce qu’elles ont : leur force surnaturelle, leur humour, leur intelligence et même leurs choix vestimentaires.

« I've seen your kindness, and your strength, I've seen the best and the worst of you and I understand with perfect clarity exactly what you are. You're a hell of a woman. You're the one, Buffy.»

18 juin 2015

Game of Thrones : bilan du dernier épisode

Comme lors de la saison précédente, le dernier épisode avait vocation à mener à bout toutes les intrigues développées dans le reste des épisodes. Et si le final de la quatrième saison était plutôt satisfaisant, ici, il reste un arrière goût de gâchis dans la bouche après que l'écran se soit éteint. 


Mother's Mercy 


L'épisode a commencé par retourner du côté de Stannis. La déception de ce côté là se situe peut-être dans le fait que l'on ne voit la bataille qui l'oppose à Ramsey que de loin, mais aussi parce que le suicide de Selyse ainsi que le départ de Melisandre se sont finalement fait de manière très brusque. C'est ce qui arrive quand on sait qu'il y a beaucoup de choses à montrer dans un épisode d'une heure. 

La confrontation entre Stannis et Brienne était la bienvenue, intéressante à regarder, mais l'issue reste trouble. Gwendoline Christie (Brienne) déclare dans des interviews que, oui, Stannis-le-brûleur-d'enfants est vraiment mort. Je n'y crois pas. Tout d'abord, parce que c'est beaucoup trop facile de l'éliminer comme ça. Et parce qu'on ne voit rien. Alors, s'il s'agissait réellement de sa dernière apparition dans la série, elle est ratée. Oui, parce qu'on ne voit pas Stannis mourir mais qu'on passe à Ramsey qui assassine un des soldats de l'armée défaite. Pour rapprocher les personnages de Brienne et du bâtard Bolton ? Pas très malin...Le doute subsiste et enlève toute poigne à ces scènes. 

Les scènes (très courtes) à Winterfell avec Sansa et Theon sont mes préférées de l'épisode. La jeune fille trouve les mots justes pour ramener la sèche à la raison, et ce début de fuite s'annonce prometteur, même si encore une fois je regrette que tout ça n'ait pas beaucoup avancé cette saison (ce qui est un peu un sentiment général pour toutes les intrigues). Je ne suis pas très objective, Theon et Sansa faisant parti de mes personnages favoris, sous-exploités et malmenés plus que de raison pendant cette saison 5. 

La discussion entre les alliés de Daenerys au coeur de sa salle du trône à Meereen était aussi très réussie. Cela donne très envie de voir la collaboration Jorah/Daario, et comment Tyrion, Missandei et Vers Gris vont réussir à restaurer (ou pas) la paix dans la cité conquise. Le retour de Varys est un peu trop opportun pour être totalement satisfaisant : on le retrouve quand Daenerys part, il vient combler donc combler un manque, pour que Tyrion ne soit pas tout seul, le pauvre chéri...Les scénaristes semblent beaucoup aimer la facilité cette saison. Et c'est dommage. 

Je suis également ravie de voir que, comme dans les livres, Daenerys va devoir affronter de nouveau les seigneurs Dothrakis. Un petit retour dans le passé qui devrait l'aider à redescendre sur terre, et peut-être à la rendre plus sympathique. 

Arya, de son côté, devient de plus en plus antipathique. Partout, je vois les gens dire qu'elle est "badass". Si c'est vraiment le cas, alors Joffrey aussi était "badass". La scène du meurtre de Meryn Trant était très réussi, mais je n'en peux plus de ce personnage : elle ne vaut pas mieux que les autres. Mais, ENFIN son intrigue avance...d'un pas de fourmi, avouons le. 

A Port-Réal, il semblerait que finalement, Margaery, Loras, Tommen etc. ne soient pas très importants puisqu'on n'a pas pris la peine de les montrer. Certes, il était judicieux de laisser la place au Walk of Shame, très malaisant à regarder, très intense, grâce au jeu de Lena Headey. Mais, dans tout ça, il manque encore une fois un aspect très important des livres : l'évolution de la relation Cersei/Jaime, qui prend un tournant lorsque la reine se fait emprisonnée. Surlignez si vous voulez savoir, à vos risques et périls : [.Cersei veut avoir recours au même stratagème que Tyrion lors de son procès et envois alors une lettre à Jaime pour le supplier d'être son champion, et lui dire qu'elle l'aime, alors qu'elle l'avait rejeté avant son départ de King's Landing. Jaime brûle la lettre et choisi de suivre une autre voie, encore une fois inexploitée dans la série, celle de Brienne..]. C'est dommage, parce que la montée en puissance des religieux, d'un autre côté, avait été très bien amenée. 

Au Mur, on assiste au retour de Melisandre, et sa confrontation avec Davos (qui n'est pas du tout là où il est censé être, ce qui me fait me demander ce qu'ils vont faire de lui par la suite...). Ensuite, je regrette également qu'encore une fois, on ait opté pour la facilité en ne voulant pas faire paraître Jon pour un méchant : dans la série, c'est Sam qui décide de partir, avec Gilly et son enfant. Dans les livres, Jon les oblige à partir, alors que les autres ne veulent absolument pas. (C'est même encore plus compliqué, à cause de l'enfant : Jon intervertis le fils de Gilly et celui de Mance Rayder que Melisandre voulait brûler, mais comme vous vous le dîtes en lisant cette phrase, rien de tout ça n'a été amené dans la série...Je pourrais vous raconter point par point les changements apportés, toutes les complexités qu'il manque dans la série, mais ce serait beaucoup trop long, alors je vous conseille de lire les livres pour apprécier encore plus ce que vous aimez dans la série). Mais bon, comme ils ont redonnés grâce au personnage du Lord Commandant pendant cette saison, on va dire que je leur pardonne, même si c'est trop facile. 

La mort de Jon est moins poignante que prévu. Je ne saurais dire pourquoi. Peut-être parce que je savais à quoi m'attendre. J'ai aussi remarqué que les musiques n'étaient pas très présentes lors de ce final : peut-être que le manque d'intensité vient de là, même si je pense plutôt que c'est le trop plein d'information en un seul épisode qui a donné ce résultat, de même que les morts qui restent finalement incertaines pour la plupart, laissant ainsi un sentiment de manque. 

Le gâchis sans nom est évidemment pour Dorne : pendant toute la saison, on a coupé les personnages importants, l'aspect politique, la complexité de ce territoire de Westeros. On y a envoyé Jaime et Bronn au lieu de suivre la véritable storyline de ces derniers, et pour quoi ? Ils n'ont servis à rien. Comme Brienne, d'ailleurs. A vouloir trop jouer avec les personnages, leurs motivations, leur parcours, on en vient à les rendre fade, et c'est ce qui me rend triste. 

Bilan général 


En résumé, on peut dire que la saison a avancé beaucoup trop lentement les intrigues, obligeant à bâcler un peu le dénouement, alors que tout ça aurait pu être un peu plus étalé sur le reste de la saison. Les storylines n'avancent pas beaucoup : c'est le danger quand on ne veut pas attendre d'avoir les écrits de GRRM pour base, et qu'on tient absolument à exploiter le filon parce que money money moneyyy. On avantage les personnages qu'on aime bien, on laisse les autres sans vraiment chercher à leur donner une histoire intéressante, on va à l'encontre de leur personnalité dans les livres. Comme je l'avais déjà dit, il ne suffit pas de dire "Mais GRRM a dit que ça allait peut-être arriver". Il n'est plus responsable de ce qu'il se passe dans la série, il n'y participe plus que de manière très lointaine. Rentrez vous ça dans le crâne, mes amis. 

La stratégie est-elle vraiment gagnante, D&D ? Les lecteurs sont de plus en plus nombreux à cesser de regarder la série, et ça se voit dans les audiences. Et comme les scénaristes n'ont plus de base solide, même les non-lecteurs voient finalement les failles et les manques. Tout le monde est au même niveau. 

Evidemment, on ne peut pas adapter une saga comme A Song of Ice And Fire à 100%, mais la série a pris un tournant radical après la saison 3, passant d'une adaptation magistrale presque à la virgule près, à un méli-mélo toujours agréable à regarder mais qui n'a plus grand chose à voir avec ce que j'ai aimé dans les livres. Certains changements se sont avérés judicieux, bien faits, et plutôt bien justifiés du point de vue de l'histoire de la série, mais d'autres, comme par exemple pour les storylines de Brienne, Jaime et des protagonistes de Dorne, ont au contraire fait perdre du souffle à la série. Dommage. 

 Game of Thrones reste géniale à regarder, même quand on ne peut oublier ce qu'on a lu dans ASOAIF, alors j'espère que pour la prochaine saison, les scénaristes réussiront à mieux "doser" l'avancement des différentes storylines.

Peut-être que je reprendrais cet article plus tard, j'ai l'impression d'avoir beaucoup trop d'informations à donner et donc d'être brouillonne...

9 juin 2015

Game of Thrones : Saison 5, épisode 9 : Review

Ayant été confrontée à des petits problèmes en postant mes avis sur les épisodes de GoT sur une autre plateforme (commentaires haineux à mon encontre etc.), je fais un dernier essai ici. Pour que tout soit clair : j'ai lu les livres. J'aime beaucoup la série. Mais je ne peux pas m'enlever les livres de la tête, d'une part parce que je n'ai pas de Pensine sous la main, et d'autres part parce qu'ils sont géniaux et remplis de détails important, et qu'ils constituent vraiment l'histoire de GRRM. Je trouve que les épisodes de la série sont très bien en tant qu'épisodes, mais pas en tant qu'adaptation. Je ne passe pas mon temps à râler sur chaque seconde de ces épisodes, mais j'ai quand même un regard très critique, notamment sur certains changements que je considère injustifiés. Maintenant, si vous ne supportez pas qu'on fasse un comparatif avec les livres, vous êtes donc au courant qu'il vous faut passer votre chemin, merci beaucoup. (J'ai quand même parfois l'impression de plus apprécier les épisodes que d'autres personnes qui trouvent ça "chiant" dès qu'il n'y a pas deux morts dans un épisode, mais passons). 

Cet épisode 9 était à mon avis un bon épisode, mais il y a un certain point qui reste très problématique (cette phrase pourrait résumer mon avis pour les saisons 4 et 5, en fait). J'ai quand même beaucoup moins de choses à dire que sur d'autres épisodes, peut-être car on ne voit pas beaucoup de personnages...

La partie avec Arya n'est toujours pas très intéressante, mais c'est aussi le cas dans les livres. Toute cette partie de l'intrigue traîne en longueur pour ménager l'effet pendant le dernier épisode, je suppose. 

La scène du Mur était très bien, la tension monte encore d'un cran entre Jon et ses hommes. Toute cette partie est merveilleusement bien montrée dans la série, c'est très prenant et encore plus intéressant que dans les livres. La série a réussi à me faire aimer ce personnage qui m'était devenu très antipathique pendant ma lecture d'A Dance With Dragons. 

Dorne...Encore une fois, je ne comprend pas l'utilité de toute cette storyline dans la série. Elle ne permet en aucune façon de faire avancer l'intrigue, tout simplement parce qu'on en a supprimé tout les enjeux politiques. Je me demande encore pourquoi Jaime et Bronn s'y sont retrouvés au lieu d'aller à Riverrun, mais bon, il semblerait que ce soit plus important. De même, les personnages des Sand Snakes sont tout simplement sous-exploités, les actrices surjouent et elles ne représentent en rien celles que j'avais perçue comme la badassité incarnée dans les livres. C'est dommage. Je ne dis pas que les scènes à Dorne ne sont pas agréables (surtout pour les yeux), mais, c'est un fait, lecteurs comme non lecteurs n'y voient pas d'intérêt. 

Ensuite, il y a la fin, centrée sur Daenerys. La montée en puissance des Fils de la Harpie a été très bien amenée cette saison, et atteint ici son apogée. Hizdhar meurt poignardé par un des Fils, ce qui tend à exclure la théorie selon laquelle il était la Harpie !!! Donc : qui est-ce ?

Dieu sait que je n'aime pas du tout le personnage de Daenerys, mais ses retrouvailles avec Jorah m'ont fait très plaisir : il a tendance à la rendre beaucoup plus agréable et moins despotique ! J'ai eu très peur pour Daario (on en a besoin, pour le moral, vous voyez). Sa relation avec Tyrion n'est pas beaucoup développée, et je me demande si elle le sera la saison suivante...tout dépend de l'endroit où atterri la Mother of Dragons ! Comme dans les livres ou pas ?? Le suspence est entier. En tout cas, l'apparition de Drogon était magistrale (mais ce dragon est plus développé que certains personnages secondaires, c'est normal ça ? Donnez nous Ghost plus de cinq minutes par saisons et j'oublierais peut-être cet affront).

Oui, pour moi c'est un gros problème : on donne beaucoup de places aux dragons, alors que dans les livres, ce sont les loups et les rêves de loups des Stark qui ont une place très importante. Je comprend que ce soit compliqué à montrer, mais ça a été fait, même si très sommairement.

Bref, pardon, je me suis égarée. Mais cet fin d'épisode était très bien, même si encore une fois je regrette que les scénaristes de la série favorisent le destin de leurs chouchous tout en massacrant d'autres personnages qu'ils n'aiment pas, en les faisant détester des spectateurs...Et l'heureux élu de cet épisode est : STANNIS.

Que les choses soient claire : la scène du bûcher était très émouvante, mais surtout vraiment insupportable. Ces cris...

Bref, sur la forme, tout va bien. C'est sur le fond que ça pêche et ce parce que... POURQUOI ? Encore une fois, j'ai des doutes sur les motivations des responsables de la série. Il n'y avait aucune raison de tuer ce personnage. D'ailleurs, dans les livres Stannis refuse qu'on touche à sa fille, il l'aime vraiment et ne cède pas (il dit même que s'il lui arrive quelque chose, il veut que son armée se batte pour que sa fille aille sur le trône de fer). Alors, certains sont venus m'agresser à coup de "Mais GRRM travaille sur la série, et ça va être dans le prochain livre !". N'empêche que ça va pour l'instant à l'encontre de ce que j'ai lu ("No burnings. Pray harder") et GRRM est beaucoup moins impliqué dans cette saison 5. Il ne le sera même pas du tout pour la prochaine. C'est facile de se réfugier derrière la casquette et les bretelles de GRRM, hein. 

Donc, pour moi, on bafoue ici les principes et motivations de Stannis en le faisant passer pour un gros con schizophrène qui change de personnalité à chaque épisode, et pour quoi ? Pour tuer une fillette. Parce que ça fait trash, bah oui, c'est Game of Thrones, c'est nous les plus trash. Je ne suis pas dans la tête des scénaristes et producteurs, mais c'est à ça que ça ressemble. D'où ma gène. C'est une perception comme une autre, peut-être que ce n'est pas du tout de ça. Mais le doute est permis quand on voit que leur seule arme de promotion est de dire "Ca va saigneeeeer, vous allez pleurer" au lieu de nous dire "Vous allez voir les personnages évoluent, l'histoire gagne en densité etc.". 


En tout cas, j'ai hâte de voir le final, qui s'annonce bien rempli vu tout ce qu'il leur reste à résoudre...Et vous, vous en avez pensé quoi ? 

8 mai 2015

Le démon d'Hell's Kitchen : Netflix voit la vie en rouge


Il y a de cela presque un mois, Netflix mettait en ligne sur sa plateforme l'intégralité des treize épisodes qui composent la première saison de Marvel's Daredevil (on peut aussi se contenter de Daredevil), créée par Drew Goddard et Steven S. DeNight et qui met en scène le célèbre héros au casque cornu. 

La série se déroule trois ans après la fameuse bataille de New York qui a vu s'affronter l'armée de Chitauris menée par Loki et les Avengers qui a dévasté la ville. Pendant cette période de transition de quelques années, les criminels ont profité du chaos ambiant pour prendre discrètement le contrôle de la ville, et plus particulièrement du quartier d'Hell's Kitchen, où a grandi Matt Murdock, avocat aveugle le jour, justicier (toujours aveugle) la nuit (quoi que, concrètement, lui-même ne doit pas voir une grande différence entre les deux...pardon). 

Cette première saison est en fait l'occasion de montrer comment le "vigilante" (terme péjoratif désignant un justicier qui s'approprie la loi et son application) devient pleinement le fameux héros, tout en introduisant brillamment un certain nombre de personnages provenant de l'univers des comics. 
De gauche à droite : Le Caïd, Claire Temple, Matt Murdock, Karen Page, Foggy Nelson
Commençons par celle qui est peut-être mon personnage préféré, j'ai nommé Karen Page, interprétée par la jolie Deborah Ann Woll. Dans les comics, la secrétaire de nos avocats est la femme qui ravit en premier le cœur du justicier (et qui restera l'un de ses "love interest" principaux), mais aussi celui de son associé Foggy. Ce "triangle amoureux" est retranscrit avec finesse dans la série : même si l'on perçoit clairement tout ce qui se joue entre ces trois là, rien n'est fait de manière trop pataude et on croit à l'évolution de leur relation (même si avouons que Foggy qui renoue avec son ex en fin de saison reste un peu trop pratique pour le scénario pour que le spectateur ne voit rien venir. Mais comme pour le reste, c'est un sans faute, on ne dira trop rien, promis). Il faudra attendre la suite pour voir l'amour de Matt et Karen se concrétiser : ils savent y faire pour nous donner envie. 


Là où le personnage est intéressant c'est qu'il n'est, heureusement pas voué à n'être qu'une demoiselle en détresse ou une secrétaire dont les autres tombent amoureux. Karen Page est un personnage fort, qui se bat pour ce en quoi elle croit et qui ose prendre des risques, mais auquel le spectateur peut toujours s'identifier car elle réagit comme vous et moi face à des situations qui nous dépassent, de par leur violence ou leur aspect irréel (c'est également le cas pour le personnage de Foggy, d'ailleurs). C'est un gros point fort de la série.

L'autre personnage féminin récurrent est Claire Temple (Rosario Dawson), une infirmière qui va aider Daredevil à conserver la santé (comment ça je prends des raccourcis ? En gros, c'est ça). Dans les comics, elle va mettre en place un service de nuit pour s'occuper des super-héros blessés. Sympa. Ici, sa relation avec Murdock est très agréable à suivre, et encore une fois, tout est fait subtilement.

Franklin « Foggy » Nelson est le meilleur ami et associé de Matt. Il est interprété par l'acteur Elden Henson. Ce personnage suit le schéma classique de l'adjuvant, c'est à dire celui qui va aider et soutenir le héros dans sa quête, pendant la première partie de la saison : le meilleur ami sympa toujours en retrait par rapport à son pote qui lui vole toutes les belles filles, mais qui compense par sa droiture et son soutien moral sans faille. Heureusement, la deuxième partie permet à Foggy de s'épaissir (non, ceci n'est pas une blague vaseuse concernant son poids, je parle du personnage en entier, promis) et de lancer une nouvelle dynamique avec Matt lorsqu'il découvre le secret de ce dernier. Certes, on pouvait sentir jusque là planer un léger conflit pacifique entre les deux au sujet de Karen, mais là, c'est la déchirure, et j'ai : adoré. Encore une fois, le personnage est réaliste, pose les questions qu'on aurait aimé poser à ce fichu justicier masqué et aveugle, bref, il réagit humainement quoi (c'est un peu la base du contrat de lecture que font les créateurs avec les spectateurs : on veut de la crédibilité!!!).

Ben Urich, interprété par Vondi Curtis-Hall, est un reporter œuvrant pour le New York Bulletin. Dans les comics, il travaille en fait pour The Daily Bugle, où il croisera, en plus de Matt/Daredevil, un jeune homme nommé Peter Parker, dont il découvrira aussi la véritable identité. Les droits de la franchise Spider-man, et donc du titre du journal appartenant encore à Sony à l'époque de mise en route de la série , il leur était impossible de l'utiliser. Le duo de ce personnage avec Karen était vraiment une bonne idée, instaurant une dynamique intéressante. Ben représente aussi en quelque sorte le médiateur entre le super-héros et le commun des mortels.

Dans l'épisode 7, nous découvrons également le personnage de Stick, joué par Scott Glenn. C'est un super-héros créé par Frank Miller, apparu dans Daredevil en 1981 : il fait partie des Chastes, un groupe de ninjas mystiques. Il est aveugle de naissance, et cette infirmité va le faire se rapprocher du jeune Matt Murdock, qu'il va entraîner, ainsi qu'une certaine Elektra. Dans la série, on s'attarde surtout sur la relation qui s'établit entre les deux aveugles : il veut un guerrier, Matt cherche un père. On s'apercevra que ce lien n'est pas si simple à concevoir que ça, puisque les personnages eux-mêmes s'y perdent. A la fin de l'épisode, Stick permet également aux scénaristes d'introduire un autre personnage mystérieux que l'on ne voit que de dos et qui semble s'intéresser de près à Daredevil. Si vous connaissez un peu les comics : La Main (mais Stick étant leur ennemi ça ne collerait pas) ? Le Hibou ? Bien joué, ça sent la saison 2.

Elektra n'est pas présente cette saison mais, si on tend l'oreille, elle est évoquée lors du flash-back qui nous montre Matt et Foggy à l'université : en effet, les deux super-héros se sont rencontrés lors de leurs études et sont tombés amoureux, avant de se séparer.

Première apparition de Wilson Fisk
Si la série met le paquet en terme de gentils, elle met aussi en scène l'un des méchants emblématiques de l'univers Marvel : Wilson Fisk (Vincent D'Onofrio), a.k.a. Le Caïd (ou The Kingpin en version originale), super-vilain qui a sévit chez Spider-man avant de migrer à Hell's Kitchen, où il a grandi. C'est l'ennemi numéro un de notre héros-démon. Le moins que l'on puisse dire, c'est, qu'encore une fois, le casting est parfait : intimidant, le Caïd porte bien son nom. Mais, en prenant le temps de poser ses motivations, qui ne sont pas si éloignées de celles de Daredevil, on évite le piège classique du «  je suis méchant pour être méchant ». Finalement, les deux partis ne sont pas si différents, et c'est ce qui rend le combat pour Hell's Kitchen si compliqué.

On ne peut qu'applaudir la façon qu'a eu la série d'introduire ce personnage : c'est un amateur d'art et de cuisine, timide, qui essaye de conquérir Vanessa. C'est cette histoire d'amour qui va également retenir notre intérêt pour ce personnage, pas si simple que ça. Il en va de même pour son amitié avec Wesley (Toby Leonard Moore). On rompt ici avec les stéréotypes classiques du méchant : HALLELUJAH. Et, en plus, contrairement aux super-vilains des films du MCU, celui là reste crédible de A à Z, et on espère le revoir par la suite.

Vous allez me dire « Oui c'est bien beau tout ça, mais et le protagoniste qui donne son nom à la série, Sherlock??? », et je suis d'accord : il est temps d'y venir. Matt(hew) Murdock, fils de boxeur, devenu aveugle en recevant des produits chimiques dans les yeux alors qu'il empêchait quelqu'un de se faire renverser par une voiture, est campé par celui qui a maintenant envahi et séduit l'Internet, j'ai nommé Charlie Cox, qui va sûrement relancer le commerce des lunettes rondes. Durant cette première saison, on assiste aux débuts du héros masqué, mais on prend également le temps de poser ses questionnements et hésitations, son rapport avec la religion, sa position sur la justice et la loi, bref, tous les enjeux qui caractérisent le personnage. Bon point.

Ces questionnements seront remis en avant quand Foggy découvrira le secret de son ami : quel droit a t-il d'agir ? Le fait-il pour les bonnes raisons ? Finalement, tout ça permet une réflexion intéressant sur les héros en général. De plus, les flash-back sont très bien utilisés : ils permettent d'en savoir plus sur le passé du personnage sans nous inonder de détails inutiles, tout en servant les thématiques des différents épisodes. On pourrait simplement regretter le manque d’interactions du personnage avec les autres, mais après tout, un héros est solitaire, et puis la fin de saison compense largement les manques du début.

Marvel et Netflix ont finalement peut-être trouvé le format idéal adapté aux super-héros : ces treize épisodes d'une heure permettent de plus développer la psychologie et les motivations des personnages, ainsi que les enjeux, ce qui manque parfois aux films (oui, je te pointe du doigt, Age of Ultron). Bref, on prend son temps. Peut-être d'ailleurs un peu trop, en début de saison, où on pouvait avoir le sentiment d'avoir des scènes de remplissage sous les yeux. Jusqu'au sixième épisode. A partir de là, tous les arcs narratifs sont véritablement mis en place et les épisodes s'enchaînent, plus rythmés et prenants.

Mais peut-être que tout cela tient au héros complexe qu'est Daredevil. Toujours est-il que le scénario est bien ficelé et évolue bien : tout se tient et est bien interprêté. De plus, la série bénéficie d'une photographie qui exploite pleinement l'univers du héros : c'est très sombre, sans pour autant que cela nous paraisse exagéré (prends en de la graine, Gotham). Bravo Matthew J. Lloyd (dont vous avez pu déjà apprécier le travail sur la série Fargo). On peut également noter un traitement intéressant des sons, qui vient prolonger le point de vue du héros et participe à nous plonger encore plus dans son monde, son mode de fonctionnement etc.

Daredevil offre des scènes qu'on se rappellera (je ne me plaindrais plus jamais quand je me coincerais la main dans la portière de ma voiture), de scènes d'actions bien chorégraphiées et bien filmées, loin d'être indigestes comme c'est parfois le cas dans certains films (hello again, Age of Ultron). Seule petite ombre au tableau pour moi : le casque du costume de notre héros, aperçu en fin du dernier épisode. Mais c'est juste pour chipoter un peu.

En tout cas, espérons qu'ABC en tire des leçons, car même si j'adore Agents of SHIELD, il faut avouer que tout n'est pas parfait, et on porte beaucoup moins de soins à l'esthétique, ce qui est dommage, parce que côté intrigues et personnages, la série envoie du pâté. Finalement, peut-être que c'est l'autre collaboration entre Marvel et Netflix, Jessica Jones, qui pourra confirmer ou infirmer ce constat.

Bon, maintenant, c'est pour quand la saison 2 ? 


11 février 2015

Promenade forestière

Après Les Misérables et son succès critique mitigé, on pouvait penser que les studios réfléchiraient à deux fois avant de nous proposer une comédie musicale. Que nenni. Alors voici Into the Woods, promenons nous dans les bois, réalisé par Rob Marshall pour Disney, où les histoires de Cendrillon, Raiponce, le Petit Chaperon Rouge et autres héros de contes de fées se voient revisitées et s'entremêlent  à celles d'inconnus (le boulanger et sa femme) pour deux heures de chansonnettes. 

Dès la sortie de salle se pose une question problématique : le spectateur est-il censé rire autant ? On l'espère. Car oui, si l'on regarde le film au trentième degré, il est fort sympathique, poussant à outrance les codes du genre. Mais, s'il était censé avoir une visée moqueuse (voire parodique), pourquoi ne pas être allé jusqu'au bout, au lieu de jongler entre différents tons ? (Me vient à l'esprit Galavant, nouvelle série qui est, pour le coup, vraiment parodique et qui s'assume). Au final, on ne sait plus trop sur quel pied danser : le film se prend-il au sérieux ou non ? Prenons par exemple le loup, incarné par Johnny Depp, qui est partout dans la promo alors qu'il n'apparaît pas tant que cela dans le film et qui est tout simplement risible. Bien entendu, c'est le but. Enfin il faut l'espérer, parce qu'avec un costume comme ça, on ne voit pas d'autres options ou alors ils étaient vraiment justes dans leur budget. 

Une fois passée cette question (pour laquelle je laisse à chacun le droit de se faire sa propre idée), et qu'importe la réponse, le film reste tout de même encore très étrange, mais pas désagréable, au fond. On pourrait surtout regretter sa longueur, surtout quand on sait que tout est chanté, avec beaucoup de moments qui s'étiraient inutilement. 

Le fil rouge que constitue le bois est très bien trouvé et donne un vrai sens au film. Cependant, et c'est ce qui rend le film long, comme nous l'avons dit ci-dessus, les nombreux personnages amènent un trop plein d'histoires différentes, dont certaines ne seront même pas exploitées jusqu'au bout, avec des rebondissements qui ne servent qu'à tirer sur la corde et à allonger la bande-son. Bref, un scénario risqué qui menaçait de faire tomber Mère-Grand dans les orties à chaque instant. 

La relecture des contes reste néanmoins très intéressante et le film nous offre une belle réflexion sur ces histoires que l'on croit connaître (via, la plupart du temps, les dessins-animés Disney, d'ailleurs...). ENFIN, les contes ont droit à une version un peu plus subversive et cruelles pour certains (eh oui, les vilaines sœurs de Cendrillon se font bien couper les orteils afin de chausser la précieuse pantoufle). D'ailleurs, le happy end mitigé du film fait du bien (oui, parce qu'on en a marre que les choses finissent bien, c'est d'un barbant), surtout qu'on en retrouvera un avec le prochain Cendrillon (réalisé par Kenneth Branagh avec Richard Madden et Lily James, qui sortira en mars). 

Bref, le bilan est aussi divisé que les cheveux de Cruella. Into the Woods reste tout de même sympathique à voir une fois, pour rigoler un peu. Son esthétique est belle, et il permet de (re)découvrir le talent de chanteuse de Meryl Streep et d'observer l'envol de James Corden, grande révélation du film. Mais la visée en est trop brouillonne pour permettre un avis tranché : sérieux ou pas sérieux ? 

5 février 2015

Monstres, machines et héros


The Imitation Game, donné favori des Oscars depuis son passage remarqué au festival de Toronto, est un biopic retraçant l'histoire du père de l'intelligence artificielle, Alan Turing (Benedict Cumberbatch), génie homosexuel qui permit aux Alliés de décoder la machine nazie Enigma, et  de ce fait la victoire du bien sur le mal. Un travail pour lequel il ne sera jamais remercié de son vivant.

Le film reprend donc des thèmes auxquels nous sommes habitués, et un thème d'actualité : l'intelligence artificielle. On retiendra particulièrement la scène d'interrogatoire de Turing, qui met en avant le problème posé par le qualificatif qu'on pourrait employer pour décrire la machine qu'à construit le génie anglais, et qui peut s'appliquer à lui-même : "Am I a machine ? Am I a war hero ? Am I a criminal ?"

De même, le personnage joué par Keira Knightley permet autant d'amener une dimension féministe au film que de rendre Alan Turing plus humain, à nous en émouvoir jusqu'aux larmes (la scène de fin m'a été fatale). Et si l'actrice joue comme elle en a l'habitude, d'autres tirent leur épingle...du jeu, justement. Je veux parler de Matthew Goode et Allen Leech, impeccables, de même que Charles papa-Lannister Dance. Mais aussi, évidemment, de Benedict Cumberbatch. Si sa performance ne bluffera pas tout de suite les fans de Sherlock, habitués à le voir dans le rôle d'un génie antipathique, la seconde partie du film aura de quoi combler tout le monde. L'acteur prouve qu'il peut amener une sensibilité infinie à son personnage. Tout est juste, sans trop en faire, avec ce talent et cette retenue qu'on retrouve chez beaucoup d'acteurs british. 

Ensuite, si l'on peu reconnaître une qualité principale à ce film, c'est qu'il nous fait oublier pendant les trois quarts de sa durée que l'on regarde un biopic. En effet, on se croirait dans un thriller, et on se laisse volontiers embarqué dans la course à la montre menée par cette équipe anglaise de choc. Le rythme est soutenu, de même que notre attention. 

Cependant, ce n'est pas un sans faute, car The Imitation Game tombe dans le piège habituel des biopics bien propres sur eux. Ce besoin de finir sur un faux happy end pour ne pas choquer, avec, ensuite, sur fond d'images montrant un feu de joie plein d'allégresse, la véritable fin écrite sur l'écran. En effet, c'est le cas pour presque tous les films de ce genre. Mais est-ce vraiment nécessaire ? Ne peut-on pas prendre cinq minutes de plus pour montrer les choses (ce qui est quand même le propre du cinéma) ? 

Ce petit bémol fait ressortir de la salle avec un goût amer, alors que tout avait si bien commencé. Le film est rempli d'émotions, sans pour autant basculer dans le pathétique, mais cette ode à la différence  aurait été beaucoup plus poignante si l'on avait terminé sur le suicide de Turing. Certes, cela aurait été très triste et choquant. Mais cela aurait été tant mieux. Parce que faire un biopic sur ce personnage hors norme, le sortir de l'ombre, vouloir faire valoir ses droits mais ne pas assumer sa fin tragique, c'est refuser d'aller jusqu'au bout.